Gallia Romana
Notice
Ville | Bordeaux (Gironde, 33) |
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Sujet(s) | |
Auteur(s) | |
Support | Imprimé |
Date | 1576 |
Inscription | |
Références | Brach 1576, II, « Hymne de Bourdeaux », v. 449-598 |
Bibliographie | DLF XVIe siècle, p. 193 ; Étienne 1962, p. 187-191 ; Lemerle 2005, p. 104 |
Remarques | |
Transcription
DLF XVIe siècle, p. 193 ; Étienne 1962, p. 187-191 ; Lemerle 2005, p. 104
L’édifice (IIIe siècle), constitué à l’origine de vingt-quatre colonnes corinthiennes, fut rasé en 1677
« On ne remarquera antiquité plus belle
Que celle qu’a Bourdeaux en son palais Tutelle,
Superbe bastiment, dont le tour mesuré,
Non si large que long, se montre estre quarré.
De ses soubassements la grandeur eslevée
Dans son milieu resserre une voute cavée
A la plate façon, & semble que l’ouvrier
Au dessus de la voute ait fait un cavalier.
En l’une des longueurs, par ordre disposées,
Huit colonnes encor sur leurs pieds sont dressées ;
Mais, le long trait des ans en ayant emporté,
Il n’en reste que cinq devers l’autre costé ;
Comme par la longueur de ces mesme années,
Les colonnes d’un bout sont du tout ruinées,
N’ayant en la largeur prise sur l’autre bout
De cinq qui se montroient laissé que trois debout.
Dessus chaque colonne encor s’est reservée
Une figure humaine à mi-bosse eslevée,
Passant le naturel, ayant pour le soustien
De ses pieds l’architrave au front Corinthien,
D’où sortent des arçeaux, par un tour qui s’égalle
A ce qu’une colonne à l’autre a d’intervalle.
Deux fois huit pieds en tour compassent leur rondeur,
Et trente & quatre en long mesurent leur hauteur ;
Les bases ont leur forme en façon Dorienne,
Les chapiteaux sont faits à la Corinthienne ;
Chaque colonne en long a son corps canelé,
S’embellissant ainsi d’un ouvrage meslé,
Qui, descrit tel qu’il est, semble non vray-semblable,
Ressemblant toutefois à l’il plus admirable.
Tel est le vuïde corps de ce grand bastiment,
Qui de rien ne nous sert que d’un estonnement,
Ignorant que servoit cette antique structure,
Ouverte en ses costés, sans bout, sans couverture,
Sans milieu, sans façon, resemblant un grand corps
Sans son ame, tout nud ; car dedans ni dehors,
Par un vestige seul on ne peut reconnoistre
Ce que cet edifice en son temps pouvoit estre.
Et, en le descrivant, on n’a rien peu, sinon,
Soit ou vray, soit ou faux, deviner sur son nom :
Disant que les Payens, en leurs Dieux salutaires
Reveroient quelques Dieux qu’ils nommoient Tutellaires,
Qui, pour bien exprimer les termes anciens,
Seroient en nostre langue appellés gardiens ;
Et qu’avisant au nom de ce Dieu de Tutelle,
Dont encor ce palais du mesme nom s’appelle,
Que ce devoit jadis estre un temple honoré
Où ce Dieu gardien souloit estre adoré.
Ainsi nous ne pouvons arracher qu’avec peine
De cette antiquité qu’une chose incertaine »